En 2005, le rythme des pays qui abolissent la peine de mort ne faiblit pas : depuis 2001, 9 pays ont voté des lois bannissant la peine de mort de leur code pénal, le Sénégal, le Mexique, le Tadjikistan... De nombreux pays semblent avoir renoncé à exécuter leurs condamnés à mort : citons le Maroc, la Tanzanie, Saint Vincent et les Grenadines... Sur 192 pays, 120 ont aboli la peine de mort ou cessé d'exécuter des condamnés à mort.
Dans le camp des démocraties et des Etats de droit, seuls les Etats-Unis exécutent régulièrement des condamnés à mort. Toutes les autres ont aboli, le Japon procédant à quelques exécutions chaque année, l'Inde une en 2004. Mieux encore, sur l'ensemble de la planète, le nombre des condamnations à mort et des exécutions décroît chaque année.
Sur le plan international, la Commission des droits de l'homme de l'ONU vote chaque année, depuis 1997, une résolution condamnant la peine de mort et l'ONU invite ses membres à ratifier le protocole 2 du Pacte des droits civils et politiques qui interdit les exécutions et invite les pays à abolir la peine capitale ; 53 pays ont à ce jour ratifié cette convention universelle.
Les tribunaux internationaux, à commencer par la Cour Pénale Internationale, qui jugent pourtant les auteurs de génocides, de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre ne requièrent plus la peine de mort.
Enfin une Déclaration des droits de l'homme a, pour la première fois dans l'histoire, inscrit l'interdiction faite aux Etats de condamner à mort et d'exécuter, dans l'un de ses articles : il s'agit de la Charte européenne des droits fondamentaux.
Malgré ces tendances de fond, des obstacles viennent assombrir les perspectives : trois grandes régions continuent à pratiquer la peine de mort. La Chine et les pays asiatiques dans leur grande majorité, le monde arabo-musulman, et les Etats-Unis. Auxquels il faut ajouter quelques pays plus isolés : Cuba, la Biélorussie, l'Egypte...
La Chine est, de loin, la championne du monde de la peine de mort. Les infractions passibles de la peine de mort sont multiples : crimes de sang, trafic de stupéfiants, fraude fiscale, proxénétisme, viol, vol à main armée... jusqu'à la corruption et la piraterie informatique ! Les condamnations sont souvent arbitraires et les procès expéditifs.
Les méthodes d'exécution se modernisent au rythme du pays : de plus en plus, des chambres d'exécution mobiles, aménagées dans des camions de marque européenne, Iveco, remplacent les exécutions par balles dans les stades, au cours desquelles les condamnés sont présentés à la population, une pancarte pendue à leur cou proclamant leur nom et la nature de leur crime, avant d'être exécutés d'une balle dans la tête.
Aux Etats-Unis, si 12 Etats fédérés ont aboli, si 20 autres n'exécutent plus, si le nombre des condamnations à mort et des exécutions diminue chaque année, si les sondages sont encourageants et que la Cour suprême a aboli la peine de mort pour les mineurs et les handicapés mentaux, il est un fait que la peine de mort assombrit et isole la démocratie américaine : les conditions de détention des 3400 condamnés à mort y sont de plus en plus difficiles, la durée moyenne d'attente de l'exécution dans les couloirs de la mort s'allonge, l'administration Bush défend la peine de mort dans les enceintes internationales et n'hésite pas à dénoncer des conventions internationales (convention sur le droit consulaire à la suite de la condamnation des Etats-Unis par la Cour Internationale de Justice) pour mieux laisser la justice américaine mettre en œuvre sa machine à tuer. Aucun débat ne s'est vraiment ouvert sur la peine de mort dans la société américaine et un criminel qui ne saurait se défendre (faute de moyens financiers) risque fort d'être condamné à mort.
La principale difficulté tient à ce que la peine de mort est de plus en plus attachée à des régimes autoritaires, où souvent s'applique un droit religieux rigoriste. Les convaincre d'abolir la peine de mort sera difficile. La lutte contre le terrorisme a également été l'occasion pour certains pays de renforcer leur législation en faveur de la peine de mort. Enfin, le procès imminent du dictateur Saddam Hussein pourrait mettre en péril les progrès de la justice internationale s'il devait être condamné à mort et exécuté, alors que d'autres criminels politiques en sont préservés (Slobodan Milosevic...).
En termes de stratégie pour lutter contre la peine de mort, de multiples voies s'offrent à un pays pour abolir la peine de mort, qui sont autant de raisons supplémentaires de faire le pas pour ceux qui hésitent. Prononcer (ou observer de facto) un moratoire pour sauver des vies humaines, dans l'attente du vote d'une loi, est le chemin le plus souvent prôné. Mais il y en a d'autres. La voie judiciaire par laquelle des Cours suprêmes abolissent la peine de mort en invoquant de nombreux arguments (refus de condamnation automatique, procès non équitables, évolution du droit international, traitement cruel, inhumain et dégradant...) a été employée aux Etats-Unis pour les mineurs et les handicapés mentaux, en Afrique du Sud en 1995 pour abolir définitivement, en Ouganda pour commuer toutes les condamnations à mort. Reste la voie définitive, celle du vote par le Parlement comme ce fut le cas au Mexique, au Sénégal ou en Turquie, ou celle, encore plus solennelle, où l'abolition est inscrite dans la Constitution (Irlande, Belgique).
Il y a 20 ans, la peine de mort était considérée comme un droit des Etats, relevant de leur politique pénale. Depuis, elle a été admise comme une violation des droits de l'homme et, à ce titre, abolie des codes pénaux de la plupart des démocraties et des Etats de droit. Aujourd'hui, de plus en plus d'Etats et de militants abolitionnistes reconnaissent que, même dans la politique pénale, la peine de mort est vaine, non dissuasive voire contre-productive. Qu'au nom des droits des victimes et de la lutte contre la criminalité, l'on peut, l'on doit abolir. Cet argument pénal devrait être entendu par des Etats aux régimes autoritaires qui tendent, notamment sous la pression internationale, à réduire l'usage de la peine de mort. L'abolition universelle de la peine de mort n'est pas pour demain, mais son horizon commence à se préciser...